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Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique d’Hermès: « Je ne crois pas à la page blanche »

À l’issue d’un Baselworld particulièrement porteur pour la société parisienne, Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique général d’Hermès, évoque la vision du temps de la Maison du 24, faubourg Saint-Honoré. Et son rôle en tant que « gardien du temple ».
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    Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique d’Hermès
    Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique d’Hermès
Par : Michel Jeannot
Publié dans : HH Magazine
19.04.2011

Chez Hermès, la notion de « temps » est indissociable du caractère familial de la Maison et des valeurs de pérennité et de transmission. Comme l’explique Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique général d’Hermès, « le fait d’être actif dans une affaire familiale vous donne effectivement le temps de travailler sur des valeurs pérennes et de les exprimer de manière contemporaine ». Entretien.

Comment appréhendez-vous la montre chez Hermès ?

Pierre-Alexis Dumas : La montre est un objet matériel qui mesure le temps. Mais nous étions convaincus que la portée symbolique de cet objet devait nous permettre d’exprimer une notion du temps propre à Hermès.

Comment exprimer cette portée symbolique ?

Lorsque mon père, Jean-Louis Dumas, a choisi de créer La Montre Hermès en 1978 en Suisse, c’était davantage un travail de stylisme et de design qu’un travail d’artisan. L’horlogerie a changé fondamentalement depuis et La Montre Hermès a suivi cette évolution. Au cours de ce cheminement, nous avons été amenés à nous interroger : comment se distinguer de la production horlogère existante pour y apporter une contribution qui soit véritablement Hermès ? Nous avons donc entamé une réflexion sur la temporalité d’Hermès. Ou, autrement dit, la montre pouvait-elle induire un rapport au temps propre à Hermès ?

Et quelle a été votre réponse ?

La société dans laquelle nous vivons est une société de l’urgence qui nous empêche de jouir du temps présent. Chez Hermès, nous avons voulu imaginer un autre rapport au temps qui ne soit pas quantitatif mais qualitatif. Pas combien, mais comment. La qualité du temps est la temporalité choisie par Hermès, et nous l’exprimons en particulier par notre nouveau modèle Arceau Le Temps suspendu. Un garde-temps très complexe qui dissimule le temps et l’efface de son cadran sans en entraver la course immuable. Cette nouvelle complication horlogère, développée en exclusivité pour Hermès, constitue une première mondiale.

En somme, beaucoup de technique et de savoir-faire au service d’une portée symbolique…

Oui, avec le modèle Arceau Le Temps suspendu, je suspends la temporalité sociale et décide que ma temporalité intérieure est prioritaire. Il s’agit effectivement d’une fonction symbolique qui permet non pas d’arrêter le temps mais de le suspendre pour mieux le maîtriser. Cette nouvelle venue dans les collections de La Montre Hermès peut être considérée comme une seconde naissance pour le modèle Arceau, qui a bientôt 20 ans. L’âge de la maturité…

La montre est-elle un métier singulier dans l’environnement Hermès ?

Oui, mais il y a cependant un point commun à tous les métiers Hermès et à tous les projets : la nécessité d’être très clairs dans ses intentions. Je ne crois pas à la page blanche ; la page blanche doit être cadrée. La puissance de la réponse créative est proportionnelle à la contrainte.

L’objet « montre » a-t-il cependant des particularités ?

Ce que j’ai appris par rapport à la montre, c’est qu’il s’agit d’un objet complet. Un objet qui a des entrailles, un squelette, mais en même temps une peau, une forme. Le mouvement, le boîtier et l’ensemble du travail graphique, tout doit être cohérent. Ce que le graphisme dit doit être en cohérence avec ce que le mouvement fait ; et cela est propre à la montre.

Quelles incidences sur le travail de création ?

Une montre exige un investissement en temps phénoménal. Elle est constituée de centaines de petits composants faisant appel à des savoir-faire variés. Ainsi, parmi les métiers d’Hermès, la montre est de loin l’objet qui exige la plus longue mise au point. De fait, lorsque vous vous attaquez à un nouveau projet, vous savez que vous devrez vous montrer patient.

La Montre Hermès est en partie intégrée. Elle a une participation chez Vaucher Manufacture (production de mouvements horlogers) et s’approche régulièrement des meilleurs artisans. Va-t-elle intégrer davantage de métiers à l’avenir ?

Dans tous les métiers d’Hermès, l’intégration verticale s’est faite naturellement et progressivement. Dans la soie, par exemple, cette intégration a été réalisée en 75 ans. Il en ira ainsi de la montre : nous intégrerons de nouveaux métiers et savoir-faire chaque fois que cela sera possible et nécessaire. L’univers de la montre est particulier en ce sens qu’il est un tissu de métiers ; il faut donc y trouver ses partenaires, ses alliances et ses maîtrises internes.

Votre mission est de veiller à la cohérence de l’esprit et de l’image Hermès. Êtes-vous le gardien du temple ?

Gardien, oui, sans doute. Mais je souhaiterais être le gardien qui ouvre les portes du temple et donne envie aux gens de sortir du temple et de ne pas rester enfermés. J’essaie de décloisonner, d’ouvrir. Hermès, c’est le mouvement. Mon devoir est donc de faire comprendre l’esprit de la Maison, pour le réinventer.

Votre ambition pour l’avenir ?

Ma grand-mère a dit à ses enfants avant de mourir : « Hermès est une terre, vous devez la cultiver. Elle ne vous appartient pas, elle appartient à vos enfants. » Dans le respect de cette vision, mon ambition est de contribuer à la poursuite du succès d’Hermès afin que cette maison garde son indépendance et que nous puissions transmettre cette terre fertile à nos enfants.

Publié dans : Interviews, HH Magazine
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